La place de l’hypnose dans ma pratique de médecin anesthésiste

Dr Jacqueline PAYRE  anesthésiste  réanimateur Lyon AGORA  novembre 2006

 

La pratique  hypnothérapeutique  en milieu hospitalier se révèle être un véritable défi dans beaucoup d’institutions .
Depuis les travaux du Professeur Elisabeth FAYMONVILLE à Liège, de nombreuses équipes ont développé l’hypno-sédation  programmée .

 Mon expérience est différente car mon exercice  consiste en des  remplacements et gardes dans diverses structures hospitalières des gardes d’anesthésie en chirurgie générale, en obstétrique. et en réanimation
..Cependant, les possibilités de travail et le développement  de ces  techniques  sont diversifiées . L’utilisation de l’outil hypnotique est moins programmé et fait appel à l’hypnose conversationnelle, la plupart du temps .

L’hypnose conversationnelle où, quand, comment, par qui ?

Cette technique hypnotique , qui semble spontanée est utilisée à l’installation du malade sur la table d’opération  (garrot, électrodes ,pause de cathéter…) ,en accompagnant les moments où l’ on touche le corps du patient, en aide à l’induction , en attendant le chirurgien ou les boites d’ instruments .

Les procédés hypnotiques employés ont tous en commun l’utilisation de la dissociation.
 Les techniques respiratoires ( associées fréquemment aux exercices de relaxation et de yoga dans l’esprit  des malades)   utilisent  les pauses respiratoires,  les expirations  , les inspirations profondes ,en fonction des besoins .
La mixité des techniques employées selon les compétences de chacun  permet  une grande originalité de prise en charge du patient.
 Le rythme et le ton de la phrase  ont  une grande  importance et sont l’objet de développements, lors des formations aux étudiants.
 

Quelques exemples possibles :

  1. Accompagnement dans un bon instant- variation  sur l’accompagnement dans un  souvenir   agréable ; souvent difficile à mobiliser chez le vieillard , le dépressif ou le malade chronique -

« Qu’ avez vous fait d’agréable hier avant de venir à l’hôpital ? » etc.

  1. Le questionnement dissociatif sur le métier du patient et ses particularités ou les accompagnements interrogatifs dans un sport ( foot par exemple) lors d’un bloc sciatique pour une   chirurgie de LCA .

La relation établit une communication de belle qualité faisant penser à l’entourage que nous nous connaissions bien avant ce moment.

  1.  A la maternité, en salle de travail, lors de la mise en place d’analgésie péridurale, l.’accompagnement sur un mode hypnotique est d’une grande aide  pour vaincre les craintes et les résistances  dues à la « piqûre dans le dos ».

 Nous faisons alliance –alliance dissociative , naturellement : «  je ne sais pas comment vous ferez pour qu’une sensation de fourmillements ou de détente envahisse votre pied droit à moins que ce ne soit le gauche…. Ou une autre partie de votre corps »

  1. L’utilisation de métaphores lors de la préinduction «  je ne sais comment , quel morceau de musique vous allez choisir  pour vous endormir » ( demande faite à une élève du conservatoire , qui préparait un concours)

ou de métaphores d’ouverture de fleurs ( métaphore de la petite  fille qui  a du plaisir à souffler sur les pétales de coquelicot) en cours de travail afin de faciliter la dilatation du col.
 Les métaphores de  calme, de sérénité  de  communication entre la mère et le fœtus sont utilisées avant les césariennes en urgence.

 

 La place de l’hypnose dans la préparation à la chirurgie ( à l’acte opératoire)

Le malade  dit  « passer sur le billard » ; ainsi le langage populaire définit par un raccourci magnifique, la plupart des craintes des futurs opérés.
 A quel moment le futur opéré rencontrera -t il un hypnothérapeute, qui lui apprendra des éléments du travail hypnotique pour cette préparation, afin d’arriver sereinement sur la table d’opération  ?

Conseils et repères :« Que puis je faire pour vous ? »

 

La question de M.H.Erickson doit rester notre préoccupation  pour chaque patient .

Vous avez une relation  déjà hypnotique avec votre  malade par votre écoute, par votre empathie, en utilisant des mots pour soigner les maux , en vous appliquant  à synchroniser votre rythme respiratoire avec celui de votre malade , avec l’attention à l’autre et par les multiples techniques d’apprentissage de l’hypnose éricksonienne  .

Dans tous les cas ,le praticien a une compétence , fruit d’un apprentissage long et non un pouvoir  sur le pat.ient.

Bibliographie

 

De la transe spontanée à l’hypnose médicale en anesthésie - Dr Claude VIROT - novembre 2002 agora

Soigner par l’Hypnose – Gérard SALLEM –Masson

Laissez moi vous emmener  dans le monde de l’hypnose – Nicole CUDDY

Du bon usage de l’hypnose – Victor SIMON- Edition Laffont

Hypnose technique  et applications thérapeutiques Dr jacques Quelet, O.Perrot      Ellebore

Qu’est ce que l’hypnose ?    F.Roustang - : Les éditions de minuit 1994

Milton H Erickson  l’hypnose thérapeutique 4 conférences-  ESF